Star Déchue

Publié le par A.M.E

SANS ARME, NI HAINE, NI VIOLENCE
De et avec Jean-Paul Rouve, avec Alice Taglioni et Gilles Lellouche
2008

Ne sachant pas quoi faire ce soir, j'ai regardé sur le net ce qui se jouait aujourd'hui dans mon super cinéma de deux salles. Deux films à l'affiche: La Zona et ce film de Jean-Paul Rouve. Séduit par le scenario du premier, je saute dans ma metalmobile et direction le cinéma ! Manque de bol, La Zona ne sera diffusé que demain. Du coup, et n'ayant pas envie de rentrer tout de suite, je me décide à aller voir Sans Arme, Ni Haine, Ni Violence.

Si vous suivez régulièrement comme moi de l'émission Faites Entrer l'Accusé présentée par Hugues Hondelatte, vous connaissez sûrement l'histoire d'Albert Spaggiari qui nous est contée ici. Si vous êtes amnésique ou tout simplement inculte, laissez-moi vous parler un peu plus de ce bonhomme assez singulier.

Albert Spaggiari fut en 1976 l'auteur de ce qu'on avait appelé à l'époque "le casse du siècle": aidé par des complices, ce simple photographe avait en effet élaboré un plan pour voler de la façon la plus discrète qui soit (en pleine nuit) 50 millions de francs à la Société Géniale de Nice. Il laissa derrière lui, une fois son méfait accompli, une feuille de papier sur laquelle étaient griffonnés les termes "Sans Arme, Ni Haine, Ni Violence" (d'où le titre du film, c'est incroyable). Il fut arrêté mais parvint à s'échapper avant de disparaître en Amérique du Sud. L'homme mourut d'un cancer de la gorge en Italie, en 1989.

Le film débute lors de la spectaculaire évasion de Spaggiari de la PJ de Nice en 1977 ('fin, il paraît qu'elle l'a été, parce que dans le film, c'est pas trop ça) et se déroule cinq ans plus tard, au moment où un soi-disant reporter de Paris Match décide d'accorder un entretien au gangster afin d'en faire la couverture du prochain numéro de la revue dont les feuilles se retrouvent souvent tartinées de la même matière que celle que vous pouvez trouver sur du papier rose filigrané après digestion d'un couscous bien épicé de la veille.

On comprend que cet épisode fictif de l'entretien est là afin de mieux cerner la personnalité du personnage et de montrer le charisme attachant qu'il dégage, ce que met bien en évidence la scène finale. Toutefois, l'histoire reste parfaitement crédible car entrecoupée régulièrement de flashbacks qui nous narrent les événements survenus dans la nuit du 18 au 19 juillet (les transitions sont à cet effet remarquables, soit dit en passant). On a même droit à un souvenir d'enfance où Spaggiari se prend pour Borsalino. Une scène-clé qui, avec tout le reste, nous fait comprendre que Spaggiari, avant d'être un hors-la-loi qui pouvait agacer par ses fanfaronnades et sa haute estime de soi, était un éternel adolescent (un enfant ?) qui rêvait de gloire, voulant "faire un tube" et "retrouver son public", et au vu de la triste réalité, confiné dans son deux-pièces avec une femme aimante (selon cette dernière, "les Marseillais ont un curieux sens du partage"), a jusqu'à la fin capitalisé sur son seul succès pour rester dans l'illusion qu'il était une star. Un tendre et attachant looser au bout du compte. Réalité ou romance ? Je n'en sais rien, mais on y croit.

Les acteurs sont d'ailleurs très convaincants: Jean-Paul Rouve d'abord, qui reproduit à la perfection les gestes de son personnage dans ce qu'on connait de lui à travers diverses vidéos. La ressemblance est frappante. Quant aux deux autres acteurs principaux (Alice Taglioni qui incarne la femme de Spaggiari et Gilles Lellouche qui interprète le faux reporter), ils sont tellement impliqués qu'on ne les voit plus comme acteurs mais bien comme personnages à part entière. Même Patrick Bosso parvient à être supportable, un véritable tour de force.

Le seul gros défaut du film est qu'il ne contient pas de moment fort: le tout se laisse agréablement regarder, on suit l'histoire avec beaucoup d'intérêt, mais ça s'arrête là finalement, ce qui n'est déjà pas si mal, j'en conviens. Reste que pour son premier passage derrière la caméra, Jean-Paul Rouve vient de mettre sur pellicule un joli film bien sympathique et qui remet au goût du jour une légende autoproclamée que tout le monde avait oubliée. S'il pleut en cette période normalement ensoleillée, c'est sûrement parce que Spaggiari est ému du haut de son petit nuage qu'on lui ait consacré "le film du siècle".

Publié dans Cinoche & DVD

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T
c est pas hugues hondelatte mais christophe hondelatte qui presente faites entrer l accuservoila a plus crane chauve de lapinou
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A
<br /> Ah oui tiens. J'ai dû faire un mix de Christophe Hondelatte et de Thomas Hughes sans le vouloir. M'en fous, je laisse Hughes, ça fait intello ^^<br /> <br /> <br />
S
Merci pour le compliment *pouce* A quand de nouveau dessins pour voir ta métal-mobile (c) ? XD
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A
<br /> Excellente idée ! Ce sera mon prochain dessin, tiens ;)<br /> <br /> <br />
S
 Metal mobile ! J'aimerai trop voir ça !Sinon, moi niveau film ... j'ai pas trop de goût ...
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A
<br /> T'es bien meilleur en B.D. *pouce*<br /> <br /> <br />
S
J'aime bien le personnage de Spaggiari, tout comme Jacques Mesrine. Il m'interesse ce film, j'en ai entendu parler. En tout cas, ton avis m'a donné envie de le voir :)
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A
<br /> Oui, si tu aimes le personnage de Spaggiari, alors je pense que le film te plaira parce qu'il s'attarde bien comme il faut sur le bonhomme :)<br /> <br /> <br />
T
Il y a une "Société Géniale" à Nice....mais c'est SUPER ça dis donc ^^.Sinon mise à part cette petite erreur le film a l'air sympathique...mais j'attendrai qu'il sorte sur nos petits écrans :D
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A
<br /> J'ai pas compris le coup de l'erreur. Il n'y a pas de Société Générale à Nice ? Ils boycottent la ville ? Trop riche pour eux ? Il risqueraient de perdre 20 milliards<br /> d'un coup avec des comptes en banque Niçois ? :D<br /> <br /> A moins que l'erreur ait été de parler de "Société Géniale". C'est simplement une référence à un sketch des Nuls, grosse andouille ;)<br /> <br /> <br />