Bonbon Acidulé

Publié le par A.M.E

POISON
Look What the Cat Dragged in
1986

1986: l'année du thrash.
1986: l'année de sortie de Master of Puppets (Metallica), Peace Sells... But Who's Buying ? (Megadeth) et Reign in Blood (Slayer).

La messe est dite. Rideau. On passe à l'année suivante ?

Bien insensé qui tenterait en effet de faire son trou dans un monde musical dominé par les chappes de plombs supersoniques qui vous martèlent la tronche comme un marteau frappe une enclume. Encore plus quand on sort son premier album, qu'on s'appelle Poison et qu'on évolue dans un univers diamétralement opposé, la distance dudit diamètre étant comparable à celle qu'il y a entre Rocco Siffredi et sa partenaire (roo, ça y est, je suis vulgaire, mais pas tant hors-propos, lisez la suite).

Déjà, l'apparence. On connaissait déjà le look efféminé de pas mal de groupes de hard à cette époque (de grande) folle, notamment des membres de Mötley Crüe, dont Poison est à bien des égards le descendant direct. Mais là où Sixx, Neil, Mars et Lee faisaient presque peur (au moins à ma petite soeur) avec leurs grimaces et leurs habits tout noirs, Poison a vraiment décroché le pompon avec son look jusqu'au-boutiste de transexuel assumé, à tel point que le terme de "glam" qui définit les groupes du genre ne siéra jamais mieux qu'à Poison. Non mais, vous avez vu ces tronches ? Fard à paupière, fond de teint, rouge à lèvres (charnues qui plus est), cheveux long péroxydés. La totale. Oubliés les T-Rex et autres Garry Glitter avec leur look de SF en plastique, l'apparence féminine a redéfini le glam. Z'ont dû bien se marrer, à l'époque, les Kerry King et consorts avec leurs tronches d'évadés du couloir de la mort, leurs vestes à patches et leurs bracelets à clous (M. Mustaine, vous êtes sommé de ne pas rire, vous aviez la même tête que les mecs de Poison, à l'époque, et sans maquillage).

Ensuite, le discours. Le thrash en 1986, c'est pas fait pour rigoler: ça parle en vrac de la folie, de la manipulation, des enfers, des tueurs en série, de la roulette russe, du sang qui pleut, de la guerre, de l'holocauste et de Lovecraft. Chez Poison, on n'a pas le même sens des réalités et on préfère parler de l'envie de baise, de la baise, des lendemains de baise, des ruptures, des mauvais garçons et du rock n'roll. Avec cette touche d'innocence qui fait que les sujets les plus chauds sont toujours suggérés, comme une jeune fille coucherait timidement sur papier ses premiers émois amoureux. Pas étonnant que Poison ait tant séduit les midinettes à l'époque.

Enfin, la musique. Et là, d'un coup, la donne change. Au fond, pourquoi je vous parle de thrash metal depuis tout-à-l'heure ? Parce qu'au-delà du contexte dans lequel se situe un tel album et à l'instar des références thrashisantes citées plus haut, Look What the Cat Dragged in tue. Oui, dans ce monde de désolation, rendu poussiéreux suite à l'effondrement de gigantesques gratte-ciel, où émergent du sol craquelé et jusqu'à l'horizon un nombre infini de pierre tombales et où les tronçonneuses encore en marche côtoient divers fragments humains, le tout reposant sur un lit de sang, le bonbon rose de Poison émerge du décor en scintillant de mille feux.

Sens de la compo qui fait mouche, du refrain bien balancé, du rythme et même du riff qui scotche, les saveurs sucrées de la pop, saupoudrées de ce qu'il faut d'arôme hard, se révèlent du coup acidulées, ce que renforce l'enrobage représenté par une production peut-être un brin trop heavy pour une musique aussi légère: les grattes se font presque rampantes dans les rythmiques (on est loin du death metal quand même, hein), les solos ont un son très metallique, tandis que la batterie produit le même son que celui qu'on entend devant une sortie d'usine.

Comme tous les bonbons qu'on laisse fondre dans la bouche, celui-ci perd sa saveur sur la fin: les quatre derniers titres, quoique corrects, s'avèrent à mon goût moins irrésistibles que le reste. Mais comme tous les bonbons, une fois terminé, je n'ai qu'une envie: en reprendre un autre.


Site Officiel
• Le MySpace
Publicité

Publié dans Disques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
Excellente chro, bien sympa.Ca m'a rappelé quand j'ai acheté l'album à sa sortie...et le pire, c'est que j'ai tous les albums thrash que tu cites aussi!!! XD
Répondre
A
<br /> Yep ! Moi aussi, je les possède ;)<br /> <br /> Content de te revoir. Thanx pour le compliment :)<br /> <br /> <br />
D
T'as essayé RATT, nono?Tu devrais, peut être que.................Putaing, j'écoutais tout ça à une époque, quand j'étais jeune^^.
Répondre
A
<br /> Merci du conseil, JL, j'écouterai ça ;)<br /> <br /> <br />
B
Oui un excellent album , apres avoir ecouter la discographie ,si il y en a un a acheter c'est celui là :)
Répondre
A
<br /> Ouep, c'est mon préféré également.<br /> <br /> Flesh & Blood est un très bon album lui aussi. Je me suis payé les deux d'ailleurs :)<br /> <br /> <br />